Courrier Pierre Gassendi

L’épisode de la Cascade de Sillans
et de son Arc-en-Ciel.

Intro aux pages “Gassendi à Peiresc”

   Voici un des très nombreux courriers que Pierre Gassendi échangea avec Nicolas-Claude Fabri dit de Peiresc.
Dans cet extrait, il est question de
la cascade de Sillans et de l’Arc-en-Ciel que provoque la cascade et le soleil.
   Gassendi, un mélange de sciences et de poésie...
       Pierre Gassendi le Poète ?

Copie d'une illustration d'un calendrier de l'An 18 x x. (Le texte de Gassendi a été un tout petit peu retouché pour une lecture plus aisée.)

.//..  Monsieur de Peiresc,
...
   Mais pour en revenir à Sillans, j'y arrivais sur les huit heures, le ciel étant clair et l'air le plus calme du monde.

   Je ne m'arrettais point au village, mais me fit conduire d'abord vers cette chute d'eau, qui était à une ou deux mousquetades, au long d'une vallée qui tire vers le levant et qui commence dès le village. L'eau qui s'y précipite lui arrive du septentrion, et c'est l'eau d'une petite rivière (la Bresque prenant sa source au chateau de Saint-Jean-de-Bresc) qui n'est guère plus petite que le Gapeau de Boisgency (le Gapeau est le petite rivière captée par l'aqueduc que Peiresc a édififier pour alimenter les magnifiques jardins de sa maison de campagne)

   Ainsi, le rocher escarpé du haut duquel l'eau tombe, vise assez précisément vers le midi, quoique les cotés, avançant un peu vers la vallée y fassent une forme de croissant. La chute s'y fait comme par quatres canaux, mais fort proches les un des autres, de telle sorte que l'eau est fort réunie dans le bas, et montre une largeur de quelques six toises. La hauteur du rocher et donc de la chute peut-etre de douze ou quinze toises (en fait ~30 m)...

... L'eau en se précipitant est reçue comme dans un lac de largeur ou diametre de cinq à six cannes après lesquelles elle est versée par une autre descente vers la vallée que j'ai dit visé du couchant au levant.
Du reste, le lieu est fort inabordable parce que par le haut le lieu est comme marécageux, et d'ailleurs il y a bien du danger de s'approcher trop du bord du précipice, et par le bas il y a l'eau même et des rochers avec des arbres qui empêchent extrêmement d'y voir et de considérer toutes choses à plaisir.

   Quand j'y arrivais, le soleil n'éclairoit point encore la face du rocher, mais seulement une partie du lac du coté du Sud-Ouest. J'y regardais de divers endroits, je n'y découvrais qu'une légère teinture et confusion de couleurs de l'arc-en-ciel lorsque je fus haut du rocher, et du coté du Nord-Est, et le soleil aucunement à dos et vers la main gauche. J'ai oublié de vous dire que le brisement et le rejaillissement de l'eau qui se précipite d'une telle hauteur dans le dit lac, joint à l'éparpillement qui est fait au long d'une chute aussi violente, cause comme une poussière d'eau, ou comme un léger nuage et une pluie très déliée dont les gouttelettes imperceptible m'alloient me mouiller et se faisoient après voir, en les regardant du coté du soleil, à plus de dix toises loin. Ce fut donc une impression que le soleil me fit voir en la poussière ou la vapeur ou, si vous voulez, la fumée qui règnoit sur le dit lac aussi bien que sur tout le reste.

   Or quand après je fus descendu en bas, le soleil éclairait déja une partie de la face du rocher avec d'avantage du lac, je découvris d'abord une portion d'ar en ciel parfaitement bien peinte, elle finissoit à main gauche, ou d'un coté du couchant à l'endroit du rocher qui étoit un peu au delà de la chute, et à quelques cinq pieds au-dessus du lac et par ainsi plus d'une toise au-dessus du niveau de mon oeil, à main droite, elle venoit à s'évanouir dans ledit lac y descendant comme une écharpe de travers la cascade et plus forte poussée du rejaillissement. Je n'avois point le soleil bien à dos, mais légèrement à main droite.

   Je descendis un peu plus bas, et alors cette portion d'arc s'abaissa d'autant, et étant monté plus haut, elle s'éleva de même. Le Bénéficié (moine ou éclésiastique) qui m'accompagnoit grimpa sur un arbre, dont il s'étonna de la voir si haut élevé à travers la face du rocher et entièrement hors du lac; J'y montais aussi pour la voir de même et après encore plus haut sur le terrain par lequel on peut descendre du haut du rocher du coté du levant, dont je la vis sur le milieu du rocher, mais toujours au dessous de mon niveau et avec un peu de biaisement en bas du coté de ma main droite. Je retournais après à l'endroit dont je l'avois vu la première fois et la reconnu fort sensiblement plus abaissée qu'au commencement, non pas pour la position de mon oeil, mais pour l'élèvement du soleil qui montoit encore vers le Midi. Cependant, je fis passer et repasser le Bénéficier non sans bien de la peine au-delà du torrent par lequel le lac se décharge en telle façon qu'il vit le lac ou une partie de celui-ci entre son oeil et le soleil. Il me rapporta avec étonnement que de cet endroit il ne voyait aucune chose. Je m'attendois de l'y faire repasser après midi pour le faire encore plus s'étonner parce que de cet endroit là, il eut vu quelque chose, et rien de l'endroit dont nous le voyons alors.

  Mais sur les onze heures survinrent des nuées qui avant midi, eurent couvert tout le ciel et nous obligèrent à nous retirer.

   Ce fut néanmoins après avoir vu ce phénomène autant qu'il en falloit pour colliger (comprendre, admettre, ou d'après Tamizay de Laroque : je conclu de mes observations que...) que cette portion d'arc-en-ciel étoit de même nature que celui que nous voyons communément peint dans les nuées...

... Et il ne faut point s'étonner si cet arc-en-ciel étoit plus bas que mon oeil, parce que non seulement le soleil étoit fort haut, mais mon oeil même, contraint par la situation du lieu, se trouvoit plus haut que la vapeur sur laquelle étoit faite l'impression.

   C'est ainsi que parfois du haut d'une montagne toute entourée en sa racine de brouillards rapides, on a vu alors que le soleil étant fort approchant du zénith, non plus un arc-en-ciel en demi-cercle, mais un entier ou grandement approchant (NDLR : un anneau de Broken)
Et je ne me trompe pas en disant que Porta dans le Traité des Météors, signale avoir observé de semblables choses sur les montagnes de Montferrat  (physicien napolitain 1540-1615. Premier traité de météorologie De Aeris Traunemutationibus Libri IV. Napoli 1609, in 4ème)
Et certes, ici même je m'apperçus, m'étant avancé le plus que je pouvois vers le lac et du coté du couchant ... que la dite portion s'étendoit encore beaucoup vers mon dos en telle sorte que s'eut été la même chose du coté gauche, il y auroit eu là les deux tiers ou les trois quart d'un cercle, il ne faut point toutefois que je dissimule qu'imaginant le cercle entier, je n'en voyais point être comme au centre, parce que l'endroit que j'avois à main droite étoit beaucoup plus proche vis à vis de moi, à cause, comme je le pensais, de la situation du corps qui faisoit de l'opacité au derrière.

   Quoiqu'il en soit, je n'observois point ce que Monsieur Guion (qui ?) nous avoit dit, à savoir qu'en cet endroit il avoit vu l'arc-en-ciel avec ses bras ou ses cornes pointés vers le haut. Mais par aventure il l'avoit imaginé ainsi... (moqueur Gassendi) ...

   En effet, si vous lui en parlez, et le priez de s'en souvenir, je suis comme assuré qu'il ne dira point qu'il ai vu tout à la fois les deux bras de l'arc visant contre le mont...
...  Il m'étoit échappé de la mémoire de vous dire que les couleurs de cette portion d'arc étoient rangées de même que l'arc-en-ciel ordinaire et y étoient non seulement bien peintes, mais encore qu'à cause de l'agitation de la vapeur causée par la violence de la chute et du rejaillissement de l'eau, elles étoient en perpétuel ondoiement et en un mouvement aussi vif qu'une flamme que vous n'ayez jamais vu.

   Voilà pour ce que je vis à Sillans.
..//..

Voir aussi :
 voir page Cratère Gassendi sur la Lune,
  (puis le courrier que Pierre Gassendi envoya quelques instant après ses observations.)(EN COURS DE SAISIE)
 voir le site géographique de la maison natale de Pierre Gassendi
 voir Champtercier, le village natal de Pierre Gassendi
  voir
l’épisode de la cascade de Sillans.
 voir la galerie de portraits de Pierre Gassendi. (retouches par Pays Dignois .com)
 
Voir les pages sur le fabuleux de Peiresc, et Pierre Gassendi (www.pays-dignois.com/gassendi)
 La gravure de la Sainte Face par Claude Mellan. et un portrait de de Peiresc par Claude Mellan.
Nouveau : Gassendi-eShop où vos trouverez tous les ouvrages de et sur Gassendi (Partenaire Amazon.fr)


La suite est en cours de saisie,
avec la version originale (qui à la lecture est difficile d’accès)
et une version en Français d’aujourd’hui pour une plus grande facilité de lecture.
Le risque de choquer les spécialistes de la langue ancienne est grand,
mais tous les autres lecteurs pourront découvrir Pierre Gassendi grâce à un texte intelligible dès la première lecture.
 

Nous vous prions de nous excuser pour la période de mise au point actuelle du site. Merci.

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